Cours 08 – Le bain rituel (el ghousl)

Avant de commencer l’étude de ce livre, il convient De faire une petite introduction présentant l’auteur et l’ouvrage.
il s’agit du shaykh Abû ‘Alî, Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb ibn Sulaymân al-Tamîmî an-Najdî, né dans la ville d’al-‘Uyayna, en région du Najd, au centre de la péninsule Arabique.
Il est né en l’an 1115 de l’Hégire et est décédé en l’an 1206 de l’Hégire, dans la ville de Dir‘iyya, située dans la région du Najd, aux abords de l’actuelle Riyad.
Il vécut plus de quatre-vingt-onze ans. Il consacra sa vie à l’appel à Allah, à la quête du savoir et à l’enseignement.
Sa prédication débuta au cœur du Najd et son influence atteignit les confins de l’orient et de l’occident. Aujourd’hui encore, nous profitons des bienfaits de cette prédication bénie, qui s’inscrit dans la continuité des appels des imams de la guidance, suivant la voie de leur guide, notre Prophète Muhammad ﷺ.
Le shaykh n’a suivi que la voie des tout premiers prédécesseurs. Il n’a rien apporté de nouveau qui le distinguerait en matière de croyance, d’adoration ou de science : son appel n’était autre que celui des savants du tawḥîd qui l’avaient précédé.
Cependant, Allah lui accorda l’acceptation auprès des gens et suscita des soutiens à son appel.
Allah a permis à cet appel de s’implanter et en a rendu la propagation plus facile. Cela fait sans doute partie des fruits de la sincérité de ce shaykh. Nous louons Allah, car toute personne juste qui a entendu parler de lui ou de son appel a accueilli ses paroles de manière positive.
C’est pourquoi les savants de la Sunna se sont unanimement accordés à faire l’éloge de ce grand imam et à mettre en valeur ses ouvrages ainsi que sa prédication.
Quant à ceux qui se sont dressés contre cet appel, le combattant et calomniant sa prédication, il s’agissait de gens de toute sorte et de toute condition. La plupart d’entre eux furent animés par un esprit de fanatisme et d’orgueil tribal hérité de l’époque de l’ignorance envers ce Sheikh ou envers ce à quoi il invitait. D’autres encore craignaient de perdre quelque intérêt matériel de ce bas-monde.
Cependant, le Sheikh fit preuve d’un courage et d’une détermination remarquables, faisant preuve d’une grande patience face aux épreuves que lui infligeaient ses ennemis, qu’ils soient proches ou lointains.
Et les ennemis du Sheikh se sont épuisés à chercher en vain quelque chose à reprocher dans ses paroles et ses écrits. C’est pourquoi, si vous examinez tout ce qui se dit à son sujet, vous ne trouverez rien qui provienne de ses propos. Ses paroles existent et sont préservées, ses livres sont publiés. Malgré cela, vous ne trouverez que des on-dits, des racontars et des citations faussées à son sujet, portant sur des choses qui ne le concernent en rien.
Et ce livre, Kitâb at-Tawḥîd : personne n’a jamais pu en faire une critique scientifique démontrant ne serait-ce qu’une seule divergence de l’auteur en matière de croyance, ni prouver qu’il aurait contredit le Coran et la Sunna, ou encore qu’il aurait introduit une chose à laquelle aucun des pieux prédécesseurs ne l’aurait précédé.
Ainsi, la réalité est que les ennemis du shaykh sont en vérité des ennemis du tawḥîd et des pieux prédécesseurs.
Quant au shaykh, il poursuivit sa prédication sans se soucier d’eux, et ils n’eurent aucune influence sur lui.
Les ouvrages du shaykh sont vendus, diffusés, enseignés et mémorisés, et les attaques de ses détracteurs n’y ont rien changé. Au contraire, elles n’ont fait qu’accroître leur clarté et leur force.
Le shaykh a habitué ses élèves à se détacher de toute passion personnelle et à accepter la vérité d’où qu’elle vienne. Il s’adressait ainsi à ceux qui s’opposaient à lui dans des écrits bien connus, leur expliquant que s’ils lui apportaient ne serait-ce qu’un seul argument montrant qu’il avait contredit le Coran et la Sunna, il y renoncerait aussitôt.
En résumé, le shaykh s’est appuyé sur « Allah a dit » et « le Messager d’Allah ﷺ a dit », ainsi que sur les paroles des Compagnons et des Tabi’ines. Il n’a absolument rien avancé de son propre chef.
Et ce livre, « Kitab At-Tawhid » (Le Livre de l’Unicité) ne contient que des versets coraniques, des hadiths et des récits des pieux prédécesseurs.
Ce livre contient quatre-vingt versets, cent quarante et un hadiths, et un ensemble de récits. Plus de la moitié de ses hadiths proviennent des deux recueils authentiques (Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim), et le reste se répartit entre des hadiths authentiques (sahih), bons (hasan) et pouvant être jugés bons. Il a préservé son livre de tout hadith inventé (mawdu’) ou dont la faiblesse est unanimement reconnue.
Ainsi, ceux qui prétendent que « Cheikh Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb a apporté quelque chose de nouveau » ou qu’il aurait « inventé une cinquième école juridique » sont tenus d’en apporter la preuve et l’argument. À défaut, ils doivent revoir leur position et faire preuve de prudence.
Et qu’ils prennent conscience qu’il existe un rendez-vous redoutable devant. Car l’injustice sera ténèbres au Jour de la Résurrection. S’il existe quelque chose à reprocher au Sheikh, qu’ils le présentent à la condition expresse que cela provienne de ses propres paroles. Quant à ce que ses ennemis lui imputent de façon mensongère, cela est, pour toute personne équitable, tout à fait inacceptable.
Le tawḥîd (l’unicité).
Certains savants considèrent que le tawḥîd se divise en trois catégories et disent qu’il comprend trois aspects :
- Le tawḥîd de la seigneurie (Tawḥîd ar-Rubûbiyya).
- Le tawḥîd de la divinité — ou, si l’on préfère, le tawḥîd de l’adoration ; le sens est le même, car la divinité signifie l’adoration.
- Le tawḥîd des noms et des attributs (al-Asmâ’ waṣ-Ṣifât).
Cette division est tirée de l’analyse et de l’étude des paroles d’Allah et de celles de Son Messager ﷺ. Par conséquent, celui qui a adopté cette classification n’a rien inventé de nouveau ; il n’a fait que mettre en évidence ce qui est déjà présent dans le Coran et la Sunna.
Le terme « tawḥîd » est un mot transmis et attesté : il apparaît dans les paroles du Prophète ﷺ ainsi que dans celles de ses Compagnons. Ce n’est pas un terme inventé, comme le pensent certains ignorants ; au contraire, c’est un mot immense, clairement mentionné dans la Sunna.
At-Tirmidhî a rapporté avec une chaîne de transmission authentique que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit :
« Des gens parmi les gens de l’Unicité seront châtiés dans le Feu jusqu’à ce qu’ils en deviennent des charbons, puis la Miséricorde les atteindra. Ils seront alors sortis et déposés aux portes du Paradis. Les gens du Paradis répandront de l’eau sur eux, et ils pousseront comme pousse la végétation entraînée par le torrent. »
Parmi les preuves de cela, il y a ce qu’a rapporté l’Imam Ahmad avec une chaîne de transmission hasan (bonne) du hadith de ‘Amr ibn al-‘Âs, que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui a dit :
« Quant à ton père, s’il avait attesté l’Unicité, et que tu avais jeûné et fait l’aumône pour lui, cela lui aurait été bénéfique. »
Ainsi, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : « …s’il avait attesté l’Unicité… »
Donc comme nous l’avons vu plus haut, le tawhid se divise en 3 catégories :
Le tawḥîd de la seigneurie (Tawḥîd ar-Rubûbiyya) consiste à reconnaître l’unicité d’Allah dans Ses actes. Or, les actes d’Allah sont nombreux : la création, la subsistance, le fait de donner la vie et la mort, la gestion du royaume, le fait d’accorder le bien et de repousser le mal, la guérison, la protection — car Il protège et nul ne peut Le protéger contre quoi que ce soit —, l’exaucement de l’invocation de celui qui est dans la détresse, l’exaucement de l’invocation de celui qui L’invoque, et bien d’autres aspects relevant de la seigneurie.
Celui qui détient l’exclusivité parfaite de tous ces actes est Allah seul — exalté soit-Il. Ainsi, le tawḥîd de la seigneurie consiste à affirmer l’unicité d’Allah dans Ses actes, sans aucun associé.
Le tawḥîd de la divinité (ou de l’ulûhiyya) signifie vouer toute forme d’adoration à Allah seul. En arabe, il désigne une adoration accompagnée d’amour, de respect, d’espoir et de crainte.
L’adoration comprend de nombreux actes accomplis par le serviteur pour se rapprocher d’Allah. Lorsque ces actes sont dirigés uniquement vers Allah, la personne réalise le tawḥîd. En revanche, les diriger vers Allah et vers autre que Lui constitue une association.
Ainsi, Allah est le seul digne d’être adoré : Il est le seul à qui revient l’adoration de toute la création.
Le tawḥîd des noms et des attributs consiste à croire qu’Allah est unique dans Ses noms et dans Ses attributs, sans qu’aucune créature ne Lui ressemble en cela.
Même si certaines créatures peuvent partager l’appellation générale de certaines qualités, elles ne partagent jamais leur perfection. La perfection absolue de ces attributs appartient exclusivement à Allah, sans aucun égal ni semblable.
Par exemple, une créature peut être qualifiée de « puissante » ou de « noble », tandis qu’Allah est al-‘Azîz (le Tout-Puissant). La part de cette qualité chez la créature est limitée et correspond à sa nature faible et dépendante, alors que chez Allah, cette qualité atteint sa perfection absolue, sans aucune ressemblance complète ni comparable.
Allah a dit :
ِ ۚ لَيْسَ كَمِثْلِهِۦ شَىْءٌۭ ۖ وَهُوَ ٱلسَّمِيعُ ٱلْبَصِيرُ
﴿ Rien ne Lui ressemble, et c’est Lui l’Audient, le Clairvoyant ﴾ [ach-Chûrâ : 11].
Dans ce livre, le shaykh expose clairement le tawḥîd de la divinité et de l’adoration, ainsi que ses différentes formes : la confiance en Allah, la crainte, l’amour, l’espoir, le désir, et autres, mais aussi le fait de demander secours et assistance, de sacrifier et de faire des vœux.
Toutes ces formes d’adoration doivent être exclusivement vouées à Allah, sans associé. Et lorsqu’il a détaillé cela, le shaykh a également exposé son opposé, à savoir l’association (shirk).
Ainsi, ce livre — Kitâb at-Tawḥîd — explique le tawḥîd de l’adoration, de la seigneurie, ainsi que des noms et des attributs, tout en exposant clairement leur contraire, c’est-à-dire le shirk.
Le shirk (l’association) consiste à attribuer un associé, c’est-à-dire à faire d’un être le partenaire d’un autre. On dit : il a associé entre eux lorsqu’il les a rendus deux. Le shirk implique donc l’idée d’association, et Allah a formellement interdit le shirk.
Dans le langage des savants, en se basant sur ce qu’indiquent les textes, le shirk se divise en plusieurs catégories. Les savants le classent selon différents critères.
Ainsi, parfois, ils le divisent en shirk apparent et shirk caché.
Ainsi, parmi le shirk apparent, il en existe un mineur et un majeur.
Le shirk apparent, perceptible et évident, comprend par exemple le fait de sacrifier pour autre qu’Allah ou de faire un vœu pour autre qu’Allah : cela constitue un shirk clair, relevant du shirk majeur.
De même, le fait de demander secours à autre qu’Allah dans ce que seul Allah est capable d’accomplir fait partie du shirk apparent majeur.
En revanche, le fait de jurer par autre qu’Allah est également un shirk, il est apparent, mais il relève du shirk mineur.
Le shirk caché. Il en existe aussi une forme majeure et une forme mineure.
Parmi le shirk caché majeure figure le shirk des hypocrites : leur association est dissimulée, car ils ne la manifestent pas extérieurement. Ils affichent l’islam, tandis que dans leurs cœurs se trouve l’association. Leur shirk est donc caché, mais il est majeur.
Il existe également un shirk caché mineur, comme le léger ostentation (riyâ’). Lorsque l’ostentation est totale, elle devient un shirk majeur, à l’image de celui des hypocrites. En revanche, lorsqu’elle est légère — comme le fait d’embellir son adoration devant une créature semblable à lui, pour autre qu’Allah —, cela constitue alors un shirk caché mineur.
Ceci représente l’un des types de classification du shirk.
Le polythéisme (ach-chirk) consiste à attribuer un associé à Allah que ce soit dans la Seigneurie, dans l’adoration ou dans les Noms et Attributs.
La deuxième classification du shirk consiste à le diviser en trois catégories : majeur, mineur et caché.
Selon cette classification,
– le shirk majeur est celui qui fait sortir de l’islam, car il implique de vouer un acte d’adoration à autre qu’Allah ;
– le shirk mineur est ce qui constitue un moyen menant au shirk majeur. Il comporte une forme de d’association mais qui n’atteint pas le degré faisant sortir de l’islam. Allah a cependant qualifié son auteur de polythéiste, car dans son essence, c’est bien une forme d’association, sans pour autant sortir de l’islam ;
– le shirk caché correspond au léger ostentation (riyâ’) et à ce qui s’y apparente, selon cette classification.
Parmi les savants, certains adoptent la première classification, d’autres la seconde, et en réalité elles se rejoignent et se complètent : il n’y a pas de contradiction entre elles.
Une fois cela établi : le polythéisme s’exprime par le fait d’attribuer des égaux à Allah.
C’est pourquoi Allah dit :
فَلَا تَجْعَلُوا۟ لِلَّهِ أَندَادًۭا وَأَنتُمْ تَعْلَمُونَ
« N’attribuez donc pas à Allah des égaux (andâd) alors que vous savez. » [Sourate Al-Baqarah, v. 22]
Et le Prophète ﷺ, lorsqu’on lui demanda : « Quel est le péché le plus grave ? », répondit : « Que tu donnes à Allah un égal (nidd) alors que c’est Lui qui t’a créé. » [Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim]
L’auteur – qu’Allah lui fasse miséricorde – dit :
وَمَا خَلَقْتُ ٱلْجِنَّ وَٱلْإِنسَ إِلَّا لِيَعْبُدُونِ
« Et la parole d’Allah le Très-Haut : ‹ Je n’ai créé les djinns et les humains que pour qu’ils M’adorent › [Coran 51:56]. »
Ce verset constitue un principe fondamental en matière de croyance. De nombreuses questions en découlent. Ce verset indique que la sagesse pour laquelle Allah a créé les djinns et les humains est qu’ils L’adorent – Gloire et Pureté à Lui. Or, l’adoration n’est véritablement une adoration valide que par le monothéisme (tawhîd). Ainsi, le monothéisme et l’adoration correcte sont deux concepts indissociables.
Allah n’a pas demandé aux serviteurs une adoration vague ou générale, mais une adoration précise et encadrée : une adoration réservée uniquement à Allah.
Il a dit :
فَٱعْبُدِ ٱللَّهَ مُخْلِصًۭا لَّهُ ٱلدِّينَ
Adore donc Allah en Lui vouant un culte exclusif. [az-Zumar : 2],
أَلَا لِلَّهِ ٱلدِّينُ ٱلْخَالِصُ ۚ
C’est à Allah qu’appartient la religion pure ﴾ [az-Zumar : 3].
Ainsi, le tawḥîd et l’adoration authentique d’Allah deviennent deux notions indissociables. La finalité, la sagesse et l’objectif de la création des djinns et des hommes est l’unicité d’Allah.
Ce verset indique clairement que les djinns sont soumis à l’obligation religieuse, et cela fait l’objet d’un consensus parmi les savants. Ils sont donc responsables au même titre que les êtres humains en matière de devoir religieux, même si les détails diffèrent.
Par conséquent, ils sont concernés par la récompense et le châtiment : ils seront récompensés ou punis en fonction de leur attitude face à cette responsabilité.
Allah — Très-Haut soit-Il — a dit : ﴿ Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent ﴾
[adh-Dhâriyât : 56].
Plusieurs savants ont expliqué le terme « M’adorent » (يعبدون) par le sens de « M’unifient » (يوحدون). C’est ainsi qu’al-Bukhârî — qu’Allah lui fasse miséricorde — l’a interprété dans son Ṣaḥîḥ lors de l’exégèse de la sourate adh-Dhâriyât, où il dit :
« yabudûn : yuwahhidûn » — « ils M’adorent, c’est-à-dire : ils M’unifient ».
Cette interprétation est également rapportée d’al-Kalbî et a été adoptée par plusieurs savants.
Il a dit — qu’Allah lui fasse miséricorde — :
وَلَقَدْ بَعَثْنَا فِى كُلِّ أُمَّةٍۢ رَّسُولًا أَنِ ٱعْبُدُوا۟ ٱللَّهَ وَٱجْتَنِبُوا۟ ٱلطَّـٰغُوتَ ۖ
Et Sa parole : “Nous avons certes envoyé dans chaque communauté un messager [leur disant] : Adorez Allah et écartez-vous du ṭâghoût” [an-Naḥl : 36].
L’auteur a fait suivre le premier verset, qui expose la sagesse de la création, d’un autre verset qui clarifie la sagesse de l’envoi des messagers. Ces deux versets renvoient à un sens proche qui est qu’ Allah n’a envoyé les messagers que pour appeler à l’unicité d’Allah.
﴿ Nous avons certes envoyé dans chaque communauté un messager: “Adorez Allah et écartez-vous du ṭâghoût”
﴾Ainsi, Allah a envoyé les prophètes et les messagers pour appeler les gens au tawḥîd, établir la preuve contre eux et leur exposer le droit d’Allah sur Ses serviteurs.
Le sens de cela est qu’Allah a envoyé les messagers aux communautés afin de leur transmettre cet ordre : adorer Allah et se détourner du ṭâghoût.
L’adoration d’Allah accompagnée du rejet du ṭâghoût constitue la réalité même du tawḥîd. L’un ne suffit pas sans l’autre : le tawḥîd n’est véritablement réalisé que lorsqu’il est joint au rejet du ṭâghoût.
Celui qui adore Allah et se détourne du ṭâghoût est donc celui qui a réellement réalisé le tawḥîd. Comme Allah a dit :
ۚ فَمَن يَكْفُرْ بِٱلطَّـٰغُوتِ وَيُؤْمِنۢ بِٱللَّهِ فَقَدِ ٱسْتَمْسَكَ بِٱلْعُرْوَةِ ٱلْوُثْقَىٰ
﴿ Quiconque mécroit au ṭâghoût et croit en Allah a saisi l’anse la plus solide ﴾ [al-Baqara : 256].
L’anse la plus solide (al-‘urwah al-wuthqâ) désigne la parole « Lâ ilâha illa-Llâh », qui est la clé du tawḥîd.
Ainsi, ce verset met en évidence une question essentielle, que l’auteur a soulignée comme étant la question majeure et fondamentale :
le tawḥîd ne peut être réalisé qu’à travers le rejet du ṭâghoût.
La définition la plus juste du « Tâghoût » est celle qu’a mentionnée Ibn Al-Qayyim
« Le Tâghoût, c’est tout ce par quoi le serviteur dépasse sa limite, qu’il s’agisse d’un être adoré, suivi ou obéi.
Le serviteur a une limite définie qu’il ne doit pas dépasser. Dès lors qu’on se tourne vers une chose en l’adorant, elle devient un Tâghoût, car le serviteur a dépassé à travers elle sa limite ; elle devient alors un Tâghoût pour celui qui l’adore.
De même, si le serviteur dépasse la limite dans le suivi des savants ou dans l’obéissance aux gouvernants, jusqu’au point où il leur attribue un droit qui n’appartient qu’à Allah et qu’Il ne partage avec nul autre, comme leur obéir en autorisant ce qu’Allah a interdit ou en interdisant ce qu’Allah a autorisé, alors ils deviennent, à ce moment-là, un Tâghoût pour celui qui a dépassé à travers eux la limite permise.
Ainsi, voilà ce qu’est le Tâghoût, et c’est ce qu’Allah a rendu obligatoire d’éviter pour les serviteurs.
Remarque qu’Allah a dit ici : Écartez-vous du ṭâghoût
et non pas simplement : « laissez » ou « abandonnez ». En effet, s’écarter signifie plus que délaisser : cela implique une intention consciente, une prise de distance réelle, ainsi que l’évitement de tout ce qui peut mener à ce qui est abandonné.
C’est comme s’Il disait : placez-vous d’un côté, et que l’adoration du ṭâghoût soit de l’autre côté, sans mélange ni rapprochement :
Écartez-vous du ṭâghoût, de manière totale et catégorique.
Ce verset montre que la réalité du tawḥîd repose sur la réunion de la négation et de l’affirmation.
— « Adorez Allah » représente l’affirmation,
— « Écartez-vous du ṭâghoût » représente la négation.
Or, il n’y a pas de tawḥîd sans la réunion des deux. En effet, une affirmation seule n’empêche pas l’association, et une négation seule n’est qu’un simple refus, sans mérite en soi. La véritable essence du tawḥîd réside donc dans la combinaison de la négation et de l’affirmation : nier toute adoration vouée à autre qu’Allah et affirmer l’adoration exclusive d’Allah.
Puis le cheikh a dit :
وَقَضَىٰ رَبُّكَ أَلَّا تَعْبُدُوٓا۟ إِلَّآ إِيَّاهُ وَبِٱلْوَٰلِدَيْنِ إِحْسَـٰنًا ۚ
﴿ Et ton Seigneur a décrété que vous n’adoriez que Lui, et que vous fassiez preuve de bienfaisance envers vos parents ﴾ [al-Isrâ’ : 23].
Ce troisième verset, tiré de la sourate al-Isrâ’, fait partie des versets clairs et fondamentaux. Il renferme de grandes recommandations dont tout musulman a besoin. Ces prescriptions commencent par le tawḥîd : ﴿ Ton Seigneur a décrété que vous n’adoriez que Lui ﴾.
Ensuite, Allah a continué avec d’autres recommandations, qui atteignent au total dix-huit grandes recommandations qu’Allah a adressées à Ses serviteurs.
Elles débutent par le tawḥîd et se concluent également par le tawḥîd, comme l’indique Sa parole :
وَلَا تَجْعَلْ مَعَ ٱللَّهِ إِلَـٰهًا ءَاخَرَ فَتُلْقَىٰ فِى جَهَنَّمَ مَلُومًۭا مَّدْحُورًا
﴿ Et ne place pas, avec Allah, une autre divinité, sinon tu seras jeté dans la Géhenne, blâmé et rejeté ﴾ [al-Isrâ’].
Cela montre que le tawḥîd est le commencement et la fin de toute chose, qu’il en est l’aspect apparent comme l’aspect caché, qu’il constitue la question la plus importante, et qu’il est ce par quoi le musulman doit débuter sa vie et la conclure.
Ainsi, la personne véritablement heureuse et comblée est celle qui dit « Lâ ilâha illa-Llâh », qui vit sur « Lâ ilâha illa-Llâh » et qui meurt sur « Lâ ilâha illa-Llâh ».
Nous demandons à Allah de faire de nous ceux-là.
Le shaykh ne cesse de nous expliquer ce qu’est réellement le tawḥîd. Il répète les preuves qui mettent clairement en lumière cette grande question, celle pour laquelle Allah nous a créés.
Le cheikh a dit — qu’Allah lui fasse miséricorde — :
وَٱعْبُدُوا۟ ٱللَّهَ وَلَا تُشْرِكُوا۟ بِهِۦ شَيْـًۭٔا
﴿ Adorez Allah et ne Lui associez rien ﴾ [sourate an-Nisâ’ : 36].
Ce verset regroupe les dix droits qu’Allah a ordonnés et il ne fait aucun doute que le premier de ces droits, le plus prioritaire, le plus grand et le plus important, est le droit d’Allah :
qu’Il soit adoré seul, sans aucun associé.
Remarque que le mot (شَيْئًا) « quoi que ce soit » ou « rien » est ici employé sous une forme indéfinie dans un contexte d’interdiction, ce qui lui confère un sens général et absolu. Cela signifie qu’il est strictement interdit d’associer à Allah quoi que ce soit, absolument rien, quelle que soit la chose concernée, aussi élevée soit sa valeur ou sa position.
Allah possède un droit qui ne peut être partagé avec aucun autre que Lui. Ce verset expose donc de manière claire la réalité du shirk et montre que toute forme d’association est détestée par Allah et interdite, même la plus infime.
C’est un verset immense qui établit clairement la nullité de toute forme de shirk, qu’il soit majeur ou mineur, apparent ou caché.
Le cheikh a dit :
قُلْ تَعَالَوْا۟ أَتْلُ مَا حَرَّمَ رَبُّكُمْ عَلَيْكُمْ ۖ أَلَّا تُشْرِكُوا۟ بِهِۦ شَيْـًۭٔا ۖ وَبِٱلْوَٰلِدَيْنِ
﴿ Dis: « Venez, je vais réciter ce que votre Seigneur vous a interdit: Ne Lui associez rien; [al-An‘âm : 151].
Ce verset constitue une preuve du tawḥîd, car l’interdiction du shirk implique nécessairement l’affirmation du tawḥîd, comme l’expliquent les savants. En effet, se contenter de délaisser l’adoration d’autre qu’Allah sans L’adorer Lui-même ne profite en rien à son auteur.
De plus, il est impossible qu’un individu échappe à l’une de ces deux réalités : soit l’Unicité, soit le polythéisme. Il ne peut exister une personne qui ne serait ni croyante en l’Unicité, ni associatrice. Elle se trouve nécessairement dans l’une de ces deux situations : soit elle est un croyant en l’Unicité d’Allah (mouwaḥḥid), soit elle est associatrice par un polythéisme majeur. Quant à être dépourvu des deux à la fois, cela est impossible, car l’Unicité et le polythéisme sont deux contraires. Or, deux contraires ne peuvent coexister, ni disparaître simultanément.
﴿ Dis : “Venez, je vais vous réciter ce que votre Seigneur vous a interdit…” ﴾
Ces versets et ceux qui les suivent sont de grands versets, connus sous le nom de « versets des dix recommandations ».
Allah les a commencé par le tawḥîd, en ordonnant de le concrétiser et en interdisant ce qui lui est contraire. On peut même dire qu’Il les a également conclus par le tawḥîd, lorsqu’Il dit à leur fin :
وَأَنَّ هَـٰذَا صِرَٰطِى مُسْتَقِيمًۭا فَٱتَّبِعُوهُ ۖ
﴿ Et voici Mon chemin droit, suivez-le donc, ﴾.
Il est bien connu que le chemin droit d’Allah et la voie à laquelle les prophètes ont appelé n’est autre que l’unicité d’Allah. Ainsi, ces versets commencent par le tawḥîd et s’achèvent par le tawḥîd.
Le cheikh a dit, qu’Allah lui fasse miséricorde : « Ibn Mas’ûd a déclaré : “Celui qui souhaite voir le testament de Mohammed ﷺ, celui qui porte son sceau, qu’il lise : ‘Dis : Venez, je vais vous réciter ce que votre Seigneur vous a interdit’ [Sourate Al-An’âm, v. 151], jusqu’à Sa parole : ‘Et voici Ma voie droite’ [Sourate Al-An’âm, v. 153].” »
Ce athar montre que ce sont les commandements du Messager d’Allah tout comme ce sont les commandemants d’Allah qui sont mentionnés dans ces versets car les Messager d’Allah ordonne ce qu’Allah ordonne.
Mou’âdh (qu’Allah l’agrée) relate :« J’étais assis derrière le Prophète (qu’Allah le couvre d’éloges et le préserve) sur un âne appelé ‘Oufayr. Il demanda alors : « Ô Mou’âdh ! Sais-tu quel est le droit d’Allah sur Ses serviteurs et quel est le droit des serviteurs sur Allah ? – J’ai dit : Allah et Son Messager savent mieux ! – Il a répondu : « Le droit d’Allah sur les serviteurs est qu’ils L’adorent et qu’ils ne Lui associent rien, et le droit des serviteurs sur Allah est qu’Il ne châtie personne qui ne Lui associe rien. – J’ai alors demandé : Ô Messager d’Allah ! Ne dois-je pas annoncer cette bonne nouvelle aux gens ? – Il a répondu : Ne leur annonce pas la bonne nouvelle afin qu’ils ne se reposent pas sur cela ! » » Boukhari et Muslim
Ce hadith expose clairement la réalité du tawḥîd telle qu’enseignée par le Prophète ﷺ qui est d’
adorer Allah sans rien Lui associer.
Lorsque la question lui fut posée, à savoir : « Sais-tu quel est le droit d’Allah sur Ses serviteurs, et quel est le droit des serviteurs sur Allah ? », Mu‘âdh – qu’Allah l’agrée – répondit avec humilité et respect, en renvoyant la connaissance de cela à Allah et à Son Messager ﷺ, lui à qui la révélation est descendue d’Allah. Le Prophète ﷺ exposa alors la réponse à cette immense question, qui fait partie des plus importantes dans la vie de tout être humain, et dont chacun doit impérativement connaître la réponse.
Quelle est donc l’obligation d’Allah sur moi, et quel est mon droit auprès d’Allah — exalté soit-Il — ?
Malheureusement, beaucoup de gens sur terre vivent comme des bêtes — voire, qu’Allah nous pardonne, pire encore — car les bêtes, elles, reconnaissent le droit d’Allah sur elles et ne Lui désobéissent pas.
Quant à ces personnes, elles vivent dans un état plus dégradé encore que celui des animaux : elles ne connaissent ni le but ni le sens de leur existence, et elles ne reconnaissent pas réellement le droit d’Allah qu’elles sont tenues d’accomplir.
le Prophète ﷺ a clairement établi que « le droit d’Allah sur les serviteurs est qu’ils L’adorent sans rien Lui associer ».
C’est là le tawḥîd, fondé sur la négation et l’affirmation. C’est un droit qu’Allah mérite sur Ses serviteurs du fait qu’Il est leur Seigneur, leur Maître et leur Créateur. Et toutes les personnes censées reconnais unanimement qu’un maître possède un droit sur son serviteur.
Il mérite également ce droit sur Ses serviteurs pour une autre raison : Il est Celui qui les comble de bienfaits et de faveurs. Or, la gratitude envers le bienfaiteur est reconnue par toutes les personnes raisonnables comme une chose juste et nécessaire. Ainsi, de ce point de vue également, le droit d’Allah sur Ses serviteurs est pleinement établi.
Allah mérite encore ce droit sur Ses serviteurs pour une troisième raison : parce que cela est exigé par Son essence même, par Ses noms, Ses attributs et par les caractères de Sa majesté et de Sa perfection.
Quiconque connaît Allah à travers Ses noms et Ses attributs ne peut qu’se soumettre à Lui avec amour, crainte, respect, vénération et glorification. C’est un droit qu’Il mérite.
C’est donc pour ces trois raisons que le droit d’Allah sur les serviteurs est qu’ils L’adorent sans rien Lui associer.
Quant à la seconde partie du hadith – concernant le droit des serviteurs sur Allah –, les gens de la Sunnah et de la Communauté (Ahl As-Sunnah wa-l-Jamâ‘ah) affirment que les serviteurs ont effectivement un droit sur Allah, en vertu de ce hadith et d’autres preuves similaires. Cependant, ce droit est un droit accordé par grâce de la part d’Allah. C’est-à-dire que c’est un droit qu’Allah S’est attribué à Lui-même, et non que les serviteurs l’auraient mérité ou imposé à leur Seigneur. Les serviteurs sont bien trop faibles et insignifiants pour cela, et Allah est bien trop Glorieux et Sublime pour cela.
Ainsi, c’est un droit qu’Allah a établi sur Lui-même.
Ce principe fondamental repose, chez les gens de la Sunna et du consensus, sur trois fondements essentiels.
Premier point : Allah a prescrit à Lui-même de récompenser ceux qui lui obéissent, de pardonner les péchés des repentants. Il a dit :
ۖ كَتَبَ رَبُّكُمْ عَلَىٰ نَفْسِهِ ٱلرَّحْمَةَ ۖ
﴿ Votre Seigneur S’est prescrit à Lui-même la miséricorde ﴾ [al-An‘âm : 54].
Il s’agit donc de quelque chose qu’Allah a décrété pour Lui-même, et non d’une obligation que les serviteurs Lui auraient imposée ou qu’ils Lui auraient rendue obligatoire. Ainsi, cela devient un droit pour les serviteurs parce qu’Allah l’a voulu et l’a inscrit pour Lui-même, par Sa grâce et Sa miséricorde.
Deuxièmement : Allah a promis à Ses serviteurs obéissants la récompense, et à ceux qui demandent pardon et se repentent, le pardon. Or, Allah ne manque jamais à Sa promesse :
ِ ۚ إِنَّ ٱللَّهَ لَا يُخْلِفُ ٱلْمِيعَادَ
﴿ Certes, Allah ne manque pas à Sa promesse ﴾ [Âl ‘Imrân : 9],
Ainsi, cela devient un droit pour les serviteurs en vertu de la promesse d’Allah, Lui qui ne manque jamais à Sa parole.
Troisièmement : Allah — exalté soit-Il — S’est interdit à Lui-même toute injustice. Il a dit :
إِنَّ ٱللَّهَ لَا يَظْلِمُ ٱلنَّاسَ شَيْـًۭٔا
En vérité, Allah n’est point injuste à l’égard des gens ﴾ [Yûnus : 44],
إِنَّ ٱللَّهَ لَا يَظْلِمُ مِثْقَالَ ذَرَّةٍۢ ۖ
﴿ Allah ne lèse pas, fût-ce du poids d’un atome ﴾ [an-Nisâ’ : 40].
Lorsque Mu‘âdh (qu’Allah l’agrée) entendit cette immense bonne nouvelle, il demanda au Prophète ﷺ d’en faire part aux gens. Ceci nous indique l’une des nobles qualités qui caractérisaient les pieux, dont les compagnons du Prophète ﷺ – et parmi eux, Mu‘âdh (qu’Allah l’agrée) – à savoir : aimer à annoncer aux gens ce qui les réjouit et leur fait plaisir.
Et sans aucun doute, ce qui réjouit le plus les pieux, c’est la grâce d’Allah (عَزَّوَجَلَّ), Sa miséricorde et Ses bienfaits. Comme Allah dit :
قُلْ بِفَضْلِ ٱللَّهِ وَبِرَحْمَتِهِۦ فَبِذَٰلِكَ فَلْيَفْرَحُوا۟
« Dis : « [Ceci provient] de la grâce d’Allah et de Sa miséricorde ; Voilà de quoi ils devraient se réjouir. ” » [Sourate Yûnus, v. 58].
Toutefois, le Prophète ﷺ a déconseillé de le propager, afin que les gens ne tombent pas dans un sentiment de sécurité trompeur ou ne comptent aveuglément sur cette promesse. En effet, certaines personnes pourraient mal interpréter ce hadith et ses semblables, ce qui les entraînerait dans l’erreur à cause de cela.